Lyhanna avait 11 ans. Onze ans. À cet âge-là, une enfant devrait penser à ses copines, à l’école, aux vacances, à ses rêves un peu flous. Pas devenir le symbole insupportable d’un État qui arrive trop tard.
Son corps a été retrouvé le 4 juin 2026 dans un silo agricole à Puycasquier, dans le Gers, après plusieurs jours de recherches. L’identification a été confirmée par ADN, tandis que les investigations judiciaires se poursuivent encore sur les circonstances exactes de sa mort.
Une société qui ne protège plus assez les siens
Ce drame dépasse le fait divers et raconte quelque chose de beaucoup plus profond. Une société qui a perdu une partie de ses repères. Une société qui parle beaucoup de protection de l’enfance, mais qui semble parfois incapable de protéger les plus jeunes quand le danger se présente réellement.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a reconnu des dysfonctionnements graves dans le suivi du principal suspect. Le garde des Sceaux avait dénoncé des « dysfonctionnements » de l’État et évoqué une circulaire de 2025 demandant le traitement prioritaire des violences commises contre les enfants.
Mais une question demeure. Pourquoi faut-il toujours attendre le drame absolu pour découvrir l’urgence ?
Soixante-dix mille dossiers à revoir
Le 7 juin 2026, Gérald Darmanin a ordonné une revue d’urgence de 70 000 plaintes impliquant des enfants, pour des faits de viols et d’attouchements sexuels, avec une date butoir fixée au 14 juillet. Les procureurs généraux devront, selon ses déclarations, reprendre ces dossiers « ressort par ressort ».
Ce chiffre glace le sang.
Soixante-dix mille dossiers. Soixante-dix mille alertes possibles. Soixante-dix mille histoires dans lesquelles des enfants ont peut-être parlé, signalé, confié, raconté. Et l’on découvre soudain qu’il faut tout reprendre dans l’urgence.
Alors oui, cette décision est nécessaire, mais elle arrive après la mort d’une enfant. Et c’est bien là que le bât blesse, car un État digne de ce nom ne devrait pas se réveiller uniquement lorsque la douleur devient nationale.
Des marches blanches, puis quoi ?
À Fleurance, environ 6 000 personnes ont rendu hommage à Lyhanna lors d’une marche blanche le dimanche 7 juin. La famille a parlé d’un monde qui s’effondre. Comment pourrait-il en être autrement ?
Depuis des décennies, les marches blanches se succèdent. Les fleurs s’accumulent. Les élus s’indignent. Les ministres promettent. Les plateaux télé s’enflamment pendant quelques jours. Puis l’actualité passe à autre chose.
Et les familles, elles, restent avec l’absence.
Il ne s’agit pas de réclamer une justice d’émotion. Il s’agit de réclamer une justice qui fonctionne. Une justice qui relie les informations. Une justice qui traite vite les plaintes concernant les enfants. Une justice qui comprend qu’un signalement n’est jamais un simple papier posé sur une pile.
Lyhanna ne doit pas devenir un nom de plus dans la longue liste des drames qui bouleversent la France pendant quarante-huit heures avant de disparaître.
Elle doit devenir un point de rupture.
Parce qu’une société qui ne protège plus ses enfants ne traverse pas seulement une crise judiciaire. Elle traverse une crise morale.
Repères chiffrés
Ces chiffres ne disent pas tout. Ils ne racontent ni la peur, ni le silence, ni les vies abîmées. Mais ils donnent une mesure froide, presque brutale, de l’ampleur du problème.
En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 473 000 victimes de violences physiques, dont 114 500 mineurs, soit 24 % des victimes enregistrées. Le nombre de victimes mineures de violences physiques enregistrées a augmenté de 10 % par rapport à 2024.
En 2025, les services de police et gendarmerie ont enregistré 132 300 victimes de violences sexuelles, dont 76 200 mineurs, soit 58 % des victimes enregistrées. Le nombre total de victimes de violences sexuelles enregistrées a augmenté de 8 % par rapport à 2024.
Pour les violences physiques enregistrées contre des mineurs, 55 % des faits se situent dans le cadre familial. Pour les violences sexuelles enregistrées contre des mineurs, 70 % des faits ont eu lieu en dehors du cadre familial.
Selon la CIIVISE, environ 160 000 enfants seraient victimes chaque année de violences sexuelles en France. Ce chiffre doit être présenté comme une estimation, et non comme un chiffre de plaintes.
Selon le ministère de la Justice, le nombre de personnes mises en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur est passé de 18 800 en 2020 à 29 000 en 2024, soit une hausse de 56 %. La hausse atteint 84 % pour les viols sur mineur et 41 % pour les agressions sexuelles sur mineur.
En 2023, 2 074 condamnations ont été prononcées contre des auteurs majeurs pour agression sexuelle sur mineur, et 491 condamnations pour viol sur mineur.
Entre 2017 et 2023, 5 400 condamnations ont été prononcées à l’encontre de personnes mineures pour agression sexuelle sur mineur, et 1 500 pour viol sur mineur. Ces condamnations portent sur l’infraction principale retenue, en France.
En 2024, toutes victimes confondues, les condamnations prononcées ont sanctionné 2 865 infractions criminelles de viols et autres crimes de nature sexuelle, ainsi que 16 749 délits sexuels.







