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Iran, l’espionnage sans frontières

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L’Iran dispose d’un appareil de renseignement puissant, fragmenté et parfois concurrent. Sa priorité reste la survie du régime, mais son terrain d’action dépasse largement les frontières du pays.

Deux services sur les mêmes cibles

L’Iran ne sépare pas nettement le renseignement intérieur du renseignement extérieur. Le ministère du Renseignement, connu sous l’acronyme MOIS, surveille les opposants, mène des opérations de contre-espionnage et agit aussi bien en Iran qu’à l’étranger. Il possède des stations hors du pays, avec des agents déclarés auprès des autorités locales et d’autres opérant sous couverture. Ses effectifs se compteraient en plusieurs dizaines de milliers.

À ses côtés, l’Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution protège le régime, réprime la contestation et conduit également des opérations extérieures. La force Al-Qods entretient, elle, des réseaux clandestins et des relais armés au Moyen-Orient, mais aussi bien au-delà. Ces différentes structures peuvent suivre les mêmes cibles, ce qui nourrit une concurrence parfois féroce entre elles.

Les ambassades comme points d’appui

Les représentations diplomatiques offrent une couverture précieuse. L’affaire Assadollah Assadi l’a montré. Ce diplomate iranien en poste à Vienne a été impliqué dans le projet d’attentat déjoué contre un rassemblement d’opposants à Villepinte, en 2018. L’Union européenne l’avait ensuite inscrit, avec une direction du MOIS, sur sa liste antiterroriste.

Le chiffre selon lequel 40 % des diplomates iraniens en poste à l’étranger appartiendraient aux services circule régulièrement. Il n’y a toutefois aucune source publique suffisamment solide pour le confirmer. Ce qui est documenté, en revanche, c’est la présence d’officiers déclarés ou clandestins dans certaines ambassades. Téhéran utilise aussi des hommes d’affaires, des étudiants, des associations, des centres culturels et, de plus en plus, des réseaux criminels locaux.

De la SAVAK aux réseaux criminels

Sous le Shah, la SAVAK, créée en 1957 avec l’appui américain puis formée en partie par le Mossad, surveillait déjà l’opposition en Iran et dans l’exil. Dissoute après la révolution de 1979, elle a néanmoins laissé derrière elle des méthodes et une véritable culture du contrôle politique.

Aujourd’hui, le régime cherche davantage à brouiller les pistes. Surveillance, intimidations, enlèvements ou projets d’assassinat peuvent être confiés à des intermédiaires criminels. Depuis 2022, Londres affirme avoir déjoué au moins vingt projets liés à l’Iran présentant une menace potentiellement mortelle. Le renseignement iranien est donc moins un service unique qu’un système hybride mêlant diplomatie, influence, cyberespionnage et violence clandestine.

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