Publications / Guerre hybride : sommes-nous déjà en guerre ?

Guerre hybride : sommes-nous déjà en guerre ?

Linkedin

Pas de chars dans Paris. Pas de mobilisation générale. Pas de déclaration de guerre. Et pourtant, des réseaux informatiques sont attaqués, des infrastructures stratégiques ciblées, des données sensibles dérobées et de fausses informations diffusées à grande échelle. La guerre moderne ne commence plus forcément par le franchissement d’une frontière.

LA GUERRE SANS DÉCLARATION

La guerre hybride n’est pas une invention récente. Propagande, espionnage, sabotage et opérations clandestines existent depuis des siècles. Ce qui a changé, c’est la capacité à combiner ces moyens, rapidement, à grande distance et parfois sans jamais engager directement une armée.

Cyberattaques, désinformation, pressions économiques, soutien à des groupes armés, actions de sabotage : l’objectif est d’affaiblir l’adversaire tout en restant, autant que possible, sous le seuil qui provoquerait une réponse militaire.

C’est toute la force de cette fameuse « zone grise ». Une attaque est suffisamment grave pour produire des effets, mais assez ambiguë pour laisser planer le doute sur son auteur, ses intentions ou même sur la réponse qu’elle justifie.

L’EUROPE EST DÉJÀ CIBLÉE

Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, cette question est devenue centrale. En mars 2026, l’Union européenne a explicitement dénoncé les campagnes hybrides persistantes menées contre ses États membres : sabotages d’infrastructures critiques, cyberattaques, manipulation de l’information, ingérences électorales ou instrumentalisation de la migration.

La Russie et ses relais sont clairement mis en cause.

La France n’est pas à l’écart. En avril 2025, Paris a officiellement attribué au renseignement militaire russe, le GRU, plusieurs cyberattaques menées contre des intérêts français. Une dizaine d’entités avaient été ciblées ou compromises depuis 2021.

En juillet 2026, nouvelle attribution. Cette fois, la France a désigné le 16e Centre du FSB russe pour des opérations persistantes de cyberespionnage visant notamment des intérêts stratégiques français.

NOS ÉCRANS SONT AUSSI UN CHAMP DE BATAILLE

L’affrontement se joue également sur un terrain beaucoup plus proche de nous : nos téléphones.

VIGINUM a ainsi documenté 77 opérations liées au dispositif informationnel russe Storm-1516 entre son apparition et mars 2025. Faux comptes, sites fabriqués, vidéos manipulées, deepfakes : les outils changent, mais la finalité reste souvent la même.

Il ne s’agit même pas nécessairement de convaincre. Semer le doute peut suffire. Fragiliser la confiance dans les institutions, discréditer une personnalité, amplifier une colère existante ou dresser davantage les citoyens les uns contre les autres peut déjà produire un résultat stratégique.

Dans cette guerre-là, la cible n’est donc plus seulement l’armée. C’est potentiellement la société tout entière.

JUSQU’OÙ PEUT-ON ALLER ?

L’exercice militaire français ORION 26 est assez révélateur de cette évolution. Son scénario fictif commence par des actions hybrides menées par un État expansionniste contre son voisin, avant de basculer progressivement vers un affrontement militaire de haute intensité.

Cela ne signifie évidemment pas que toute cyberattaque annonce une guerre. Mais les opérations hybrides permettent d’espionner, de tester les réactions, d’affaiblir une infrastructure, d’influencer une population ou simplement d’obliger un adversaire à disperser ses moyens.

Avec un risque : aller trop loin.

L’OTAN considère désormais qu’une cyberattaque ou une attaque hybride de grande ampleur pourrait, selon les circonstances, être assimilée à une attaque armée et conduire à l’application de l’article 5.

Alors, sommes-nous déjà en guerre ? Pas au sens militaire du terme. La France et l’OTAN ne sont pas en guerre contre la Russie.

Sommes-nous déjà confrontés à des actions hostiles destinées à nous espionner, nous influencer, nous déstabiliser ou tester nos défenses ? Cette fois, la réponse est clairement oui.

La véritable nouveauté est peut-être là. Entre la paix et la guerre, il existe désormais un espace immense dans lequel des États peuvent s’affronter sans jamais officiellement reconnaître qu’ils le font.

Et c’est précisément ce qui rend la guerre hybride aussi redoutable.

Partager la publication
Linkedin

Related Posts

Leipzig-Halle, le seuil est franchi
Un drone chargé d’explosifs retrouvé à proximité immédiate d’avions ukrainiens, au cœur d’un aéroport stratégique allemand. Cette fois, il ne s’agit plus seulement d’observer,
Iran, l’espionnage sans frontières
L’Iran dispose d’un appareil de renseignement puissant, fragmenté et parfois concurrent. Sa priorité reste la survie du régime, mais son terrain d’action dépasse largement
Previous
Next