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Russie : la colère qui remonte des tranchées

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Le vétéran Alexander Lunin a publiquement défié Vladimir Poutine en dénonçant les violences de certains commandants russes contre leurs propres hommes. Son cas ne révèle pas une mutinerie imminente, mais il expose une faille bien plus profonde : une armée où la peur, le racket et l’épuisement commencent à sortir du silence.

Une vidéo qui brise un tabou

Le 25 juin, Alexander Lunin, vétéran russe de la guerre en Ukraine, a interpellé directement Vladimir Vladimirovitch Poutine dans une vidéo devenue virale.

Face caméra, couvert de décorations, il a demandé à être reçu par le président russe. Il accuse certains commandants de maltraiter leurs propres soldats. Des hommes seraient enfermés dans des fosses, violentés, rackettés et parfois envoyés dans des assauts qu’il qualifie de suicidaires.

Selon lui, ceux qui refusent d’obéir ou de remettre de l’argent à leurs supérieurs seraient ensuite déclarés disparus.

Ces accusations ne sont pas étayées, dans sa vidéo, par des noms ou des preuves vérifiables. Mais elles ont trouvé un écho considérable. En vingt-quatre heures, sa publication avait déjà dépassé les douze millions de vues, malgré l’interdiction d’Instagram en Russie.

Une menace vite retirée

Lunin avait d’abord laissé entendre qu’une révolte pouvait éclater si Vladimir Poutine refusait de le recevoir. Il affirmait même que l’armée pourrait retourner ses armes contre le Kremlin.

Dès le lendemain, il a largement tempéré ses propos. Il a nié avoir appelé à une mutinerie et assuré vouloir seulement alerter le pouvoir sur le sort de soldats confrontés, selon lui, à des ordres absurdes et mortels.

La réaction des forces de sécurité russe n’a pas tardé. Son domicile, dans la région de Voronej, a été perquisitionné. Sa femme a affirmé que les forces de l’ordre avaient saisi ordinateurs, téléphones et supports numériques. Un tribunal l’a ensuite reconnu coupable d’« affichage de symboles extrémistes ». Sa chaîne Telegram a annoncé onze jours de détention administrative, une durée qui n’a pas été précisée publiquement par la justice russe.

À ce stade, rien ne permet donc de parler de soulèvement militaire imminent.

Une colère qui ne disparaît plus

Toutefois, le problème ne se limite pas à Alexander Lunin.

Une analyse de près de 7 000 plaintes adressées par des soldats russes et leurs familles à une plateforme liée au pouvoir décrit un tableau accablant : soins refusés, blessés renvoyés au front, corruption, menaces, passages à tabac, extorsions et disparitions maquillées. Les plaintes ne visent pas l’ennemi ukrainien. Elles dénoncent d’abord les commandants russes et le fonctionnement même de l’armée.

Pour Vladimir Poutine, ce n’est pas encore une rupture. Le pouvoir garde les moyens de contrôler, d’intimider et de faire taire.

Mais une armée qui commence à parler de ses propres violences devient toujours un problème politique. Car lorsque des soldats ne craignent plus seulement l’ennemi, mais aussi ceux qui les commandent, la colère finit forcément par remonter des tranchées.

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