Pendant que Washington tente de sortir du piège iranien, un autre dossier revient brutalement dans le paysage stratégique américain. Ce dossier s’appelle Cuba et, comme souvent avec Cuba, rien n’est jamais seulement juridique, diplomatique ou humanitaire, mais historique, symbolique et explosif.
La pression remonte
Depuis plusieurs semaines, les États-Unis durcissent nettement leur position contre La Havane. Le 1er mai 2026, la Maison-Blanche a annoncé de nouvelles sanctions visant des responsables du régime cubain, au nom de la répression interne et de menaces supposées contre la sécurité nationale américaine. Le département d’État a ensuite détaillé des mesures contre des membres du régime et de ses réseaux militaires.
Puis Washington a franchi un autre cap. Le département américain de la Justice a rendu publique une inculpation visant Raúl Castro et plusieurs anciens responsables cubains dans l’affaire de la destruction, en 1996, de deux avions civils de l’organisation Brothers to the Rescue. Dans cette affaire, quatre personnes avaient été tuées et pour les États-Unis, il s’agit d’un dossier judiciaire. Pour Cuba, il s’agit évidemment d’un signal politique.
La vieille obsession cubaine
Cuba n’est pas un pays comme un autre dans l’imaginaire stratégique américain. C’est une île située à quelques encablures de la Floride. C’est aussi le symbole d’une humiliation jamais vraiment digérée depuis la révolution castriste, la crise des missiles et des décennies d’affrontement idéologique.
Officiellement, Washington parle de démocratie, de sécurité nationale, de justice pour les victimes américaines et de lutte contre un régime autoritaire. Ces arguments existent et ne doivent pas être balayés d’un revers de main. Il ne fait aucun doute que le régime cubain n’est pas une démocratie romantique.
Cependant, derrière le discours moral, on retrouve aussi un vieux réflexe de puissance. Celui qui consiste à considérer l’Amérique latine comme une arrière-cour stratégique. Celui qui consiste à dire aux peuples ce qui est bon pour eux, tout en regardant très précisément ce que l’on veut reprendre en main.
Mettre Cuba au pas
Faut-il parler aujourd’hui de conquête militaire ? Non. À ce stade, ce serait aller trop loin.
Mais peut-on parler d’une volonté américaine de mettre Cuba au pas ? Oui et très clairement.
Marco Rubio a déclaré que la probabilité d’un accord négocié avec Cuba n’était « pas élevée », tandis que La Havane accuse Washington de préparer les esprits à une agression militaire. De son côté, Moscou a déjà annoncé son soutien à Cuba, dénonçant le durcissement américain. Autrement dit, le dossier cubain ne reste pas enfermé dans le face-à-face Washington-La Havane. Il redevient un point de friction international. Et, c’est là que le danger commence.
Car lorsqu’une grande puissance parle de libération, il faut toujours écouter la phrase jusqu’au bout. Qui libère ? Pour quoi faire ? Et surtout, qui contrôle après ?







