Publications / Quand la souffrance devient spectacle : la chute des réseaux sociaux

Quand la souffrance devient spectacle : la chute des réseaux sociaux

Linkedin

Un homme meurt en direct et ce n’est pas une fiction. C’est un fait cru, brutal : Raphaël Graven, alias Jean Pormanove, est décédé en plein livestream sur Kick, sous les yeux de milliers de personnes. Depuis des mois, il était humilié, maltraité, jusqu’à devenir une attraction morbide.

L’arène numérique transformée en business de la maltraitance

Ce qui s’est joué n’était pas un « live extrême », encore moins une performance. C’était une exploitation crue, taillée pour capter le regard, provoquer l’émotion et vider le portefeuille des spectateurs. En 2024 déjà, Mediapart alertait, parlant sans détour de « business de la maltraitance » à propos de ces streams où des personnes vulnérables étaient exposées à des humiliations pour gagner en audience.

Mais rien n’a changé. Jusqu’à cette nuit du 17 au 18 août 2025, quand Raphaël Graven, épuisé, a succombé au cours d’une diffusion marathon de près de 280 heures.

Les conditions sordides d’un direct mortel

Ce n’est pas une rumeur, car les autorités ont lancé l’enquête. Selon le parquet de Nice, Raphaël Graven aurait été soumis à dix jours d’abus, de privation de sommeil, d’ingestion de substances douteuses, de brimades physiques, le tout orchestrés dans le cadre d’un défi morbide diffusé en direct.

Sur les vidéos qui circulent, on le voit affaibli, désorienté. Dans un ultime message à sa mère, il lâche : « Je me sens comme un otage… j’en peux plus, je veux sortir de là ».  

Les plateformes complices d’une dérive humaine

Kick, plateforme australienne naissante, concurrente de Twitch, est au cœur de la polémique. Elle offre aux créateurs une commission ultra-avantageuse et une modération très permissive, favorisant les contenus provocants et parfois toxiques.

Le gouvernement français a réagi. La ministre Clara Chappaz qui est en charge de de l’Intelligence artificielle et du Numérique a dénoncé l’« horreur absolue » et a saisi l’ARCOM et Pharos, rappelant que « la responsabilité des plateformes… n’est pas une option, c’est la loi ». Sarah El Haïry, haut‑commissaire à l’enfance, a jugé la mort « horrible », alertant sur le risque de banaliser de tels contenus en ligne.

Humiliation, pognon, arène : jusqu’où peut-on descendre ?

Des millions ont regardé. Peu se sont indignés au-delà d’un émoi momentané. L’humiliation est devenue un produit. La souffrance d’un homme, une marchandise. Et tout cela se passe sous nos yeux. Ou plutôt, dans nos écrans.

Alors non, la question n’est pas « où allons-nous ? » Elle est plus crue : jusqu’où acceptons-nous de descendre ?

Related Posts

Taïwan, le silence dangereux
Donald Trump adore raconter que tout est génial. Sa visite en Chine n’a pas échappé à cette règle. Accueil spectaculaire, images millimétrées, discussions présentées
Hantavirus, le piège du ricanement
Depuis quelques jours, l’hantavirus est entré dans nos écrans, nos conversations et nos réseaux sociaux. Avec lui, une mécanique désormais bien connue s’est remise
Le faible frappe autrement
La guerre asymétrique désigne un conflit dans lequel deux adversaires ne disposent ni des mêmes moyens, ni de la même puissance, ni des mêmes
Les crises invisibles
Une crise n’existe vraiment, aux yeux du monde, que lorsqu’elle trouve son image. C’est brutal, presque cynique, mais notre époque fonctionne ainsi. Tant qu’il
Trump, la faille invisible
L’attaque contre le dîner des correspondants de la Maison-Blanche rappelle une évidence brutale. La protection d’un président ne se joue pas seulement autour de
Présidents sous la menace
Depuis George Washington, la fonction présidentielle américaine porte une part d’ombre. Celle d’un pouvoir immense, exposé, admiré, contesté, parfois haï. Aux États-Unis, la présidence
Le profil qui dérange
L’attaque survenue samedi 25 avril 2026 au Washington Hilton, lors du dîner des correspondants de la Maison-Blanche, ne pose pas seulement la question de
Previous
Next